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Le fado solaire de Katia Guerreiro

Samedi 29 avril 2023

Originaire des Açores, la chanteuse portugaise inscrit son répertoire entre la tradition d'Amalia et le grand large des musiques du monde. Rencontre.

Elle raconte Lisbonne, ses parfums de citronnier au printemps, ses chants de canaris aux fenêtres et sa lumière si particulière, portée par le Tage et réfléchie par des milliers d'azulejos, les faïences bleutées des façades. Ce matin, les pieds dans l'eau, en sirotant un café dans la cour du Centre culturel de Bélem, la lumière est si vive que la blancheur de son chemisier foudroie littéralement les regards imprudents.

«Le fado vit avec son temps. Il n'est pas noir avec un châle.» La pique de la dame vise les clichés traditionnels de la fadista portugaise, cette âme en peine tendant ses bras dans l'espoir d'un rayon de soleil sur sa pauvre vie. Et Katia Guerreiro de poursuivre: «De nos jours, le fado est une musique du monde que l'on peut apprécier et comprendre partout, même s'il gardera toujours une saveur particulière dans sa ville natale.»

La Lisbonne actuelle ne partage plus que des souvenirs et de la nostalgie avec la capitale coloniale déchue qui découvrait naguère la jeune Amalia Rodrigues et sa «Casa portuguesa» ouverte aux quatre vents de la résignation. Face à la vieille tour de Bélem, le Centre culturel impose aujourd'hui sa rigueur architecturale contemporaine et son design aligné sur l'Europe de Barcelone à Londres. «Je chante le fado par passion. Je n'ai pas eu besoin de l'entonner par nécessité.» Il n'y a là pas la moindre trace d'orgueil ou de forfanterie, mais le simple constat d'une particularité impensable à l'époque des années de dictature. Jeune trentenaire, Katia Guerreiro a étudié la médecine et, en dépit de sa carrière de fadista ponctuée par trois albums remarqués, elle occupe toujours un cabinet d'ophtalmologue dans une clinique lisboète. «Je ne peux pas me passer de ces deux piliers. J'ai souhaité et j'ai besoin de la médecine qui me permet de garder un contact avec la vie des gens et leur quotidien souvent difficile qu'il s'agisse de problèmes d'argent, de santé ou de famille. Et parallèlement, j'ai aussi besoin du fado, de le partager sur scène avec le public, afin de lui apporter quelques heures durant l'oubli des soucis, la poésie et la rêverie.»

Voix d'exception, timbre solaire et caractère volontaire, Katia Guerreiro incarne un fado décomplexé, mais resté cependant fidèle à certains aspects de la tradition. Ainsi, celle qui a débuté comme chanteuse dans un groupe de rock années 60 doit ses premiers et triomphants fados à la défunte Amalia, que Katia Guerreiro incarna dans une comédie musicale au Portugal. Fado maior et Nas maos do fado, ses deux premiers CD offraient une large place au répertoire de l'incontournable et si son troisième album, Tudo ou nada, marque une certaine émancipation de la figure tutélaire, elle n'oublie jamais de glisser des chansons d'Amalia lors de ses tours de chant. «Le fado lui doit tout, moi aussi. C'est grâce à elle que cette musique a su évoluer et triompher hors du Portugal. Et je sais que le public attend ces chansons, je ne vais pas le priver de ce plaisir», sourit celle qui court les théâtres, mais se garde bien de chanter dans l'antre historique du fado lisboète, la casa do fado.

Cet établissement qui tient du café-concert et du cabaret, enfumé et bruyant, se multiplie dans le labyrinthe d'Alfama ou sur les pavés glissants du Bairro Alto. «Le fado s'y réduit trop souvent à un simple folklore, un rituel pour touristes alors que cette musique a besoin d'attention et de silence. J'ai du respect pour les artistes qui s'y produisent, mais en préférant d'autres lieux et d'autres publics, je me perçois comme une ambassadrice du fado. Un de mes grands bonheurs, c'est de savoir que des non-lusophones ont décidé d'apprendre notre langue à cause de la beauté d'un fado.»

Thierry Sartoretti, Archives du Temps




  • Samedi 29 Avr 2023 – 20:00

  • Théâtre du Jura, Delémont
  • De CHF 15.- à CHF 50.-
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